Inviter le lecteur dans un partage d’univers immédiat, avec Antono Lobos Antunes, piste d'écriture

Pistes d'écriture et textes
Publié le: 17-04-2026

Si je n’étais pas bègue, j’oserais lui parler. Elle habite trois pâtés de maisons plus loin, nous prenons le même autobus tous les jours, moi au quatrième arrêt elle au cinquième, nous nous regardons l’un l’autre durant les vingt minutes

(une demi-heure lorsqu’il y a beaucoup de circulation)

du trajet qui sépare notre quartier du Ministère, elle travaille deux étages au-dessus du mien,  nous prenons le même ascenseur sans nous quitter des yeux,  parfois il me semble qu’elle me sourit

(je suis presque sûr qu’elle me sourit)

Antono Lobos Antunes, Dormir accompagné. Chroniques. Début de la chronique Une goutte de pluie sur le visage. Traduit du portugais par Carlos Batista. Christian Bourgois éditeur, 1998, 2001 pour la traduction française.

Couper les phrases par ces parenthèses à la ligne, donne l’impression que plusieurs idées se pressent pour s’exprimer en même temps. Dans le premier passage, le personnage est bègue, et on sent qu’il avance aussi dans sa pensée par à-coups, entre espoir et hésitation. Dans le deuxième passage, c’est la pléthore de détails qui rend pratique ce recours aux parenthèses. On peut lire ou non, on peut revenir en arrière une fois qu’on a compris l’idée pour s’attarder sur cette description (qui personnellement m’a réjouie).

A chaque fois, qu’il parle de lui ou d’un personnage, l’auteur s’exprime à la première personne, et fait entrer le lecteur directement dans un univers très personnel. C’est comme une confidence. C’est aussi comme un jeu, il faut suivre, se repérer dans ce labyrinthe que sont une pensée et une expérience individuelles.

Pistes d’écriture :

Dans ces chroniques,  le narrateur s’impose par sa façon familière mais très personnelle de s’exprimer. Il existe, et une situation est posée.  A votre tour, imaginez votre personnage, écoutez-le parler, vous parler. Jouez de l’usage des parenthèses, du leitmotiv, du passage à la ligne, ou d’autres « tics ». Car peut-être trouverez-vous d’autres manières d’interpeler le lecteur, par la répétition, la déformation de certains mots, le recours aux abréviations, le questionnement… A vous de voir, ou plutôt d’entendre. Les points d’exclamation et les trois petits points peuvent aussi donner un rythme, ou le « n’est-ce pas ? », « non ? », « tu vois ? »

Dans tous les cas, de langage. Demandez-vous pourquoi cela correspond à tel narrateur-personnage, et pas à un autre.

 

 

 

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